RM 61 - Femmes
Louise Baignères à l'éventail
1885
Aquarelle
Signé, daté et dédicacé en bas à droite “J.E. Blanche, 1885/Hommage à Mademoiselle L. Baignères [sic]”
31 x 62 cm - 12''1/8 x 24''3/8 in.
Provenance :
Louise Baignères (1865-1943), sœur ainée de James Baignères (1865- ?) et du peintre Paul Baignères (1869-1945)
Jean Helleu (1894-1985) et sa femme, née Françoise Baignères (1905- ?), fille de James Baignères (1865- ?)
Jacqueline Helleu (1927-2021), leur fille
Ses descendants
Expositions :
1993, Honfleur, Musée Eugène Boudin, Paul Helleu 1859-1927, 3 juillet - 4 octobre, n°144
1997, Rouen, Musée des Beaux-Arts, Jacques-Emile Blanche, peintre (1861-1942), 15 octobre 1997 - 15 février 1998, n°60, p. 150, reproduit en couleur
2010, Paris, Musée Marmottan Monet, Femmes peintres et salons au temps de Proust, 15 avril -6 juin, p. 86, reproduit
Bibliographie :
voir fiche n°57
Quand en 1882, Blanche exposa pour la première fois au Salon des Arts Décoratifs, dans la catégorie « peinture décorative », le « panneau pour un pavillon de jeux » en l’intitulant Lawn-tennys [sic], il ne savait peut-être pas qu’il avait peint la toute première image de ce sport, arrivé d’Angleterre en 1878, et qui faisait fureur en France à cette époque : le Racing Club, fondé en 1882 par des élèves du lycée Condorcet, où Blanche fit ses classes, obtint dès 1886 une concession de plusieurs hectares dans le bois de Boulogne pour y installer ses terrains. Pas du tout sportif, Blanche, toute sa vie durant, aima pourtant le sport avec passion, en spectateur « mondain », comme en témoignent les nombreuses études de baigneurs sur la plage de Dieppe, de rugbymen, de rameurs et de courses de chevaux. Ce très grand tableau fut sans doute réalisé dans l’atelier de Gervex pendant les premiers mois de 1882.En 1934, Blanche vendit le panneau à Pierre Gillou, président de la Fédération française de tennis, qui en 1946 en fit don au Racing Club, où il fut intégré dans les boiseries du restaurant mais il est maintenant dans une collection particulière au Royaume-Uni.
Le grand éventail à l’aquarelle est en effet une reprise d’une partie du premier plan de la « partie de tennis » de 1882, dans lequel Blanche transforme le tennis en croquet. Il existe aussi une autre version, plus grande et à l’huile, qui inspira le poème « la Commensale » à son propriétaire Robert de Montesquiou qui l’acheta chez Georges Petit en 1883. Le tableau fut acquis par Mme Langweil antiquaire au 26 Place Saint-Georges, à la vente que fit l’exécuteur testamentaire après le décès du poête en 1922, (voir : La pêche aux souvenirs, 1949, p.196). Ce tableau est actuellement dans une collection particulière aux Etats-Unis.
Cet éventail fut peint spécialement pour Louise Baignères, amie de toujours, dont Blanche peint le portrait en 1887 tenant à la main un recueil d’« English Lyrics » offert pour un premier janvier par l’ écrivain Paul Bourget (1852-1935) qui fut, avec Hubert Lyautey (1854-1934), une de ses passions malheureuses. Blanche était un ami de ses frères (il peint Paul en 1891) et fréquentait tous les membres de cette famille d’artistes grands bourgeois aussi bien le père Arthur Baignères (1834-1913), homme de lettres et critique d'art, que sa femme, la salonnière Charlotte Baignères, née Borel. Louise était également la nièce de la très mondaine Laure Baignères et la cousine germaine de Jacques Baignères, grand ami de Marcel Proust.
Cette aquarelle est non seulement remarquable par sa technique et son état, car la famille Helleu en a pris bien soin, mais aussi par le clin d’œil au « Japonisme », très à la mode à l’époque mais qui n’a pas beaucoup marqué le peintre. Ici, nous avons un éventail dans un éventail…où les pivoines roses de la partie de tennis sont devenues blanches pour accentuer la composition graphique et japonisante. On remarque qu’Henriette Chabot qui était très brune est devenue rousse, à l’image de Louise Baignères.